Si les événements Art/Science ne sont plus nouveaux aujourd’hui, la coproduction réelle entre scientifiques et artistes reste plus timide : souvent ces rencontres sont issues soit de «détournement» d’outils, de procédés, d’expériences voir de théorèmes, que le scientifique met à la disposition de l’artiste qui s’en empare avec son propre langage, soit de «collision» entre deux mondes distincts. Notre démarche a été clairement dès le départ, de prendre le risque d’une vraie rencontre : celle de se laisser saisir et observer chacun dans ce que nous sommes, et de construire ensemble, à chaque étape, cette nouvelle forme. A ce choix, nous avons ajouté la «contrainte» d’être toujours dans le respect de chacun et de sa discipline. Pour ce spectacle, un thème : la lumière et un mot clef : découverte. Notre choix s’est donc porté sur l’humain dans l’astronomie. Chaque langage utilisé (récit scientifique, musique, récit cadre et vidéo) renvoie une facette complémentaire et invite le spectateur à questionner son propre regard sur le monde, la vie et l’univers. L’astronomie ici, est présentée de manière originale où les voix des trois astronomes se mêlent à celle de la conteuse, aux notes du guitariste, aux effets de l’ingénieur son et à l’univers graphique du plasticien-lumière et vidéo.
Le texte, composé du récit «cadre» de la conteuse (découverte de l’Observatoire de Haute Provence et des personnes qui y travaillent) dans lequel s’insèrent les récits scientifiques, met en avant l’homme devant les étoiles, qu’il soit scientifique ou contemplateur. Comment un astronome a-t-il l'idée de s'intéresser à une recherche, comment vit-il une découverte, comment se déroule une nuit d'observation ?... La musique, cinquième voix du récit,  est le pont «entre tous les mondes». Elle «relie» les récits dans un seul et unique propos et donne à «entendre» les mots de la science sous son visage humain et sensible. Le travail sonore (effets du traitement des voix/diffusion), crée une «architecture sonore» qui donne une identité propre à chaque matière de récit, permet au spectateur de mieux appréhender les changements de lieux, de temps, d’espace (espace du souvenir, du rêve, de la science, etc.), crée des «reliefs», des rythmes dans la narration. La vidéo est traitée comme «matière lumineuse». L’univers graphique des images (projeté sous voûte dans un planétarium ou sur plateau dans un théâtre), plonge le spectateur dans une lumière rythmée et mouvante qui lui rappelle –de manière subtile et légère– l’objet principal de l’astronomie : la lumière. Telle une peinture abstraite, elle éclaire le plateau et les protagonistes, relie l’ensemble dans un tout. Discrète,
par sa nature même et sa présence, elle invite chacun à la rêverie et à projeter ses propres images. La mise en scène, quant à elle, offre une lecture à la fois, simple et précise de la place et du rôle de chacun : assis à distance égale, astronomes, conteuse et musicien, dessinent une ligne face au public, avant scène. Seule la conteuse explore l’espace : derrière la «ligne» : le récit de l’observatoire ;  sur la ligne : le témoignage; devant la ligne : le rêve. La lumière tour à tour crée un îlot pour chacun ou les réunit. Scénographie, mise en scène et dramaturgie, proposent au spectateur à la fois, les clefs nécessaires à la compréhension particulière et générale du récit et notamment des contenus scientifiques et l’espace de son propre imaginaire, de ses émotions. Récits scientifiques, musique, mots et lumière se relaient et se mêlent pour raconter ces étoiles qui ne sont pas les mêmes pour chacun. Petit à petit le jeu s’installe : un jeu de miroir où le spectateur devient acteur de cet instant.