"Une femme a perdu la mémoire, elle cherche son  mari…, demande à chaque personne  qu’elle rencontre où est son mari…   et puis un jour, elle se met à danser,  elle danse une valse parce qu’elle et  son mari dansaient cette valse d’une  manière si fusionnelle…  Son corps se met en mouvement, elle  retrouve les gestes précis, son corps se  souvient…  Et brusquement elle dit "il est mort mon mari…" Et brusquement cet éclair de lucidité d’une mémoire  retrouvée pour un bref instant…  Des dizaines d’histoires comme celle-ci ont nourri  l‘écriture de ce spectacle. Ainsi que des échanges  riches avec les neuro-scientifiques.  Comment parler de la mémoire ?   Jennifer a choisi de l’aborder d’une façon sensorielle  avant tout.  Le langage du corps s’est imposé comme une  évidence, pour évoquer cette mémoire vivante, en  perpétuel mouvement. Un corps poétique, fluide,  parfois vif, parfois lent. Un corps écran sur lequel se  projettent les méandres de notre cerveau en  fonctionnement.  Un univers sonore singulier est venu accompagner ce  voyage, construit à partir d’une chanson entêtante,  une chanson oubliée qui resurgit, un vieux disque  qu’on peut écouter à l’endroit ou à l’envers…  Ces langages, comme la parole de la conteuse, sont  universels.   J’oublie tout est devenu un spectacle, léger comme  la plume, fluide comme l’eau,   réfléchissant comme le miroir, espiègle comme  l’ange, étrange personnage de cette histoire tirée du  Talmud qui a inspiré à Jennifer ce texte.  Marie-Christine Bras Metteur en scène
Scénographie. Plateau dépouillé, presque nu. Espace  intemporel.   Ecran de toutes les projections des méandres de notre  pensée en mouvement.  Au centre, un carré, entouré de couloirs, tantôt baignés de  lumière, tantôt sombres comme la nuit. Un espace de jeu où l'on entre et d'où l'on sort  Une zone réfléchissante,  miroir déformant, mémoire  hybride en voyage ou mutation.  Une matière qui révèle la lumière ou l’absorbe. Un trou noir,  une grotte…abysse de la mémoire, maison originelle…  La lumière, dans ses directions et ses ambiances, souligne,  évoque ou « floute », les chemins de la pensée, de la  mémoire en mouvement, en marche.   Le travail sur le son et notamment sur la voix, traitement  des effets en direct, met en relief l’espace du récit,  l’agrandit, le resserre et permet à chaque instant de  changer de lieu et de temps.  Au centre de cette aire, le corps du conteur. D’abord le  silence, d’abord le vide : tout oublier pour faire place au  souvenir. Pister, éprouver, risquer, explorer, ce chemin de  mémoire qui se dessine sous nos pas : la destination n’a  pas tant d’importance que le parcours. Le corps se  souvient, d’abord, les images puis les mots viennent  ensuite. Ecrire ensemble l’instant présent comme seule  vérité. Le souvenir nous revient en miroir, le corps s’anime,  fluide, tendu, vif, léger, ralenti, précipité et toujours à l’affût.  Corps et espace comme clef de la mémoire.  C’est dans ce travail de recherche qu’est né le texte : un  souffle, un corps en marche, attentif au moindre  mouvement, à sa position dans l’espace. Sentir l’être dans  toute sa chair, dans l’énergie qui le traverse. Tenter de se  dissoudre en lui. Choisir l’infiniment petit, devenir particule  chimique et jouer à cela. Abandonner toute idée de penser.  Mourir à chaque instant pour mieux laisser surgir la pensée.  Ne surtout pas savoir où l’on va. Se perdre, absolument.  Faire confiance au corps pour faire naître les images et les  mots. Prendre des clichés de ces instants et encore jouer à  tout mélanger, pêle-mêle, sans dessus-dessous. Rompre le  sens et notre besoin –malgré nous- de retrouver le fil. De ce  chaos volontaire est née une forme rythmique et  expressive, un texte comme une danse ou chant de l’âme.