La mémoire est multiple : sensorielle, procédurale, court et long terme… Elle est espace, de stockage, de traitement des informations. Elle  classe, ordonne, associe, articule, jette, oublie, restitue. Elle est le fil qui relie les éléments entre eux, celle qui donne sens. Elle est le chemin  qui se dessine sous nos pieds. Elle est le pont entre passé et présent. Elle est l’architecte de nos vies. Elle est histoire, collective et personnelle, elle est la trace d’un vécu, d’une identité, individuelle ou sociétale. La mémoire est encore la matière que sollicite la conteuse, l’outil qui lui permet à son tour de raconter la mémoire des autres au travers de la  sienne…  J’oublie tout est un spectacle né du projet "Mémoire(s)", une aventure humaine et artistique de deux ans. Deux années de collecte de récits de vie, de rencontres, d’échanges avec un large public mais aussi avec des scientifiques. Si bon nombre de mes spectacles naissent d’un travail de collecte de récits, mené avec des personnes sur un territoire… J’oublie tout a ceci de particulier, qu’il a été l’occasion d’explorer et d’interroger le processus même de ma mémoire-outil. De quoi y a-t-il souvenir? De qui est la mémoire ? Se souvenir de quelque chose, c’est immédiatement se souvenir de soi ? La Mémoire est-elle du temps ?... du mouvement? La mémoire, une province de l’imaginaire ? La mémoire : une écriture du sens ?  Les échanges avec les scientifiques m’ont été précieux pour leur enseignement, pour leurs questionnements sur le sujet et par la distance qu’impose la discipline.  De ces rencontres et méthodologie, je trouvais dans le chemin de l’écriture une plus grande liberté et universalité.   L’histoire de "la marque de l’ange", tirée du Talmud, s’est imposée à moi, comme une évidence, comme l’espace possible et commun de cette mémoire hybride, de  cette mémoire illusion qui nous anime. Jennifer Anderson